Parole d'arbre

Les brumes de chaleur effleurent en ondulant les archipels de frondaisons où tressaillent parmi les branches sombres des silhouettes furtives. Le balancement gracieux des rameaux d'oliviers prend soudain de l'ampleur, du ballant. Le ciel s'éveille en sursaut d'un songe de danse envoûtant ! Sur le talus les herbes entament une ronde effrénée de derviches exaltés, le sol s'époumone en nuages de poussière raccrochant dans l'urgence les racines à leurs tiges. Les feuilles ensommeillées s'animent en tremblant puis s'agitent brusquement, échevelées elles s'étirent sur leurs branches et tournent sur elles-mêmes semblant pouvoir voler. Le soleil couvre galamment le fouillis de leurs faces cachées d'émeraude ou d'argent au rythme syncopé de la baguette du vent. Les cigales bousculées, harcelées sous la bourrasque s'agrippent aux ramures et s'abritent sous leurs élytres. Elles se taisent un instant puis reprenant leurs archets rappellent la tramontane qui leur souffle en secret les accords éthérés des guitares gitanes. Le grand pin impassible considère en silence les mouvements saccadés de ce monde agité, si son écorce frémit et semble parfois sourire ce n'est que le jeu d'ombre et de lumière auquel se livrent entre ses branches le soleil et le vent. Il bruit par instant de toutes ses aiguilles puis murmure et se tait. Il m'écoute penser !

- Écoute l'arbre ce qu'écrivaient des poètes voilà cinq mille ans. C'est aussi l'âge du plus vieil arbre connu sur cette planète, un pin lui aussi, il vit en Amérique en Californie sur les hauteurs désertiques de la vallée de la mort. Les hommes ont choisi en termes appropriés à leur état d'esprit des images romantiques imprégnées d'humour noir pour dépeindre cet endroit et le message qu'il porte. Ils ont d'ailleurs baptisé Mathusalem cet ancêtre végétal du nom d'un patriarche biblique qui aurait vécu plus de neuf cents ans. Il a fait couler beaucoup d'encre mais Mathusalem-arbre est toujours là à moitié mort et à moitié éternel, il aurait dû disparaître depuis bien longtemps mais il regarde toujours passer le temps du haut de ses collines en notant dans ses fibres tous les évènements de sa longue existence, les incendies ravageurs et les températures excessives ou les inondations, il consigne les coups de colère de la planète tremblements de terre ou éruptions volcaniques et les changements de direction du souffle du vent, tout ce qu'ignorent les hommes ou n'exprime pour la plupart d'entre eux qu'un intérêt compatissant.

- Tous les arbres pratiquent cette façon d'écrire, les humains ne savent pas lire toutes les mémoires d'ailleurs que savent-ils de la leur ?

- Des cris à la parole et ensuite à l'écrit, les humains retrouvent les traces du savoir de leurs ancêtres et mentionnent leurs découvertes personnelles, ils portent en eux des marques plus anciennes inscrites dans leurs gènes. Elles sont classées dans leurs cervelles et ils en ont parfois la révélation.

Je veux te dire un court extrait d'une poésie ancienne, elle relate les exploits de Gilgamesh.

Que vers moi tes pas accourent
Que vers moi tes enjambées s'allongent
Car j'ai quelque chose à te dire,
Une parole à te communiquer,
La parole de l'arbre
Et le chuchotement de la pierre ...
Une parole que les hommes ne connaissent pas
Et que les multitudes de la terre ne comprennent pas.

Poème de Baal et de Anat.

Menu des contacts

 

Menu du livre

 

L'actualité de l'auteur

des llivres des auteurs mot auteur Les immanquables